Interview de Pierre de Chabannes, consultant en conservation et photographe animalier

Bonjour Pierre, Nous avons eu le plaisir de te recevoir durant le module B de la formation Préparation soigneur animalier comme intervenant. Tu as présenté le cadre général des actions in-situ et des actions ex-situ. Tu interviens également sur plusieurs formations de soigneur animalier. Dernièrement au Lycée professionnel Saint-Joseph à Bucquoy.

Nous souhaitons te questionner sur le parcours qui t’a amené jusqu’au forêts tropicales d’Asie du Sud-Est.

Pierre de Chabannes
Pierre de Chabannes

Tu arpentes les allées des parcs zoologiques et les biotopes du monde entier que viens tu y chercher ?

J’ai eu la chance de visiter régulièrement les parcs zoologiques de la région parisienne en compagnie de ma famille étant enfant. Ma passion pour les animaux vient de là et des nombreux livres que mes parents et grands-parents m’ont offert. Quand je visite un parc zoologique aujourd’hui, mon but est de documenter des espèces animales que je n’ai pas encore pu photographier ou observer. Je prête une attention particulière aux espèces les plus menacées et les moins connues. Après, bien sur, étant photographe, je recherche toujours une attitude particulière, un regard, une expression… tout ce qui peut rendre un portrait intéressant. 

Je photographie dans la nature depuis 2005 et de façon plus régulière depuis 2016 et ma première visite au Kinabalu Park sur Bornéo. Là, je recherche quelque chose de différent car c’est à la fois de la documentation d’espèces mais aussi de la documentation d’ambiance, d’atmosphère, de vie en quelque sorte. Un biotope a ceci de particulier qu’il a une véritable alchimie, un fonctionnement propre que l’on peut appréhender par ses cinq sens. Sentir une forêt, une mangrove, même un désert, grouiller de vie est une impression que je n’ai jamais retrouvée ailleurs. 

Si l’on en revient au but premier, à ma motivation principale, la raison de mes voyages et mes expéditions, au delà du côté professionnel de National Geographic, c’est la volonté de documenter un maximum d’espèces animales à travers le monde et les faire figurer dans mon projet d’éducation à la conservation baptisé Pierre Wildlife.

Quels sont tes voeux pour les futurs soigneurs animaliers désireux de s’impliquer en conservation ?

La conservation est un terme très vaste pour moi et je pense qu’il est mieux de le diviser en actions ou étapes distinctes… Chacun peut apporter sa pierre, plus ou moins grande, à l’édifice. C’est une question de moyens, de ressources et d’objectifs.

Initiatives locales de conservation

Aujourd’hui, les initiatives de conservation qui sont les plus accessibles, et souvent les plus importantes, sont les initiatives locales. Il existe de nombreuses associations, des personnes motivées, qui tentent de sauver un petit coin de nature, une espèce menacée régionalement ou autres, soit en s’opposant à des projets d’industrialisation, soit en implantant des ressources permettant à l’espèce en question de trouver un habitat plus adapté (nichoirs, abris, ressources alimentaires, couvert végétal… les exemples sont très nombreux). Et ce qui est bien, c’est que chacun peut aider en donnant de son temps (ou de son argent par des dons directs) par du bénévolat et en relayant les informations sur les réseaux sociaux pour toucher davantage de monde. 

Initiatives internationales de conservation

Après, il existe des initiatives de conservation à l’étranger. Certaines sont très connues, d’autres beaucoup plus confidentielles. La dessus, les recettes sont souvent les mêmes mais peuvent demander davantage de moyens (un vol intercontinental coûte quand même cher, par exemple). On peut s’engager en tant que bénévole (de nombreuses associations et structures de terrain recherchent de l’aide à longueur d’année), on peut envoyer des dons directement, communiquer et l’on peut aussi, via la structure zoologique dans laquelle on travaille, tenter de collecter des fonds et établir divers partenariats en fonction des besoins. 

Passez à l’action à votre échelle !

Et sans même parler des grands organismes de conservation, chacun peut avoir un impact, en plantant des arbres, en particulier les végétaux dont aiment se nourrir les insectes locaux, en créant des hôtels à insectes, en veillant à moins gaspiller, moins polluer… ces gestes du quotidien aident aussi à la conservation. 

Pour résumer, il y a beaucoup à faire et tout ne demande pas un investissement monétaire considérable donc chacun peut aider. 

Des éleveurs amateurs peuvent-ils contribuer à la conservation ex-situ ? Tes conseils ?

Oui, c’est tout à fait possible mais cela dépend pour quelle espèce et dans quelles circonstances. Pour participer à un programme d’élevage, il est important de connaître l’origine de ses animaux et d’avoir un suivi permanent de l’animal au niveau vétérinaire afin de garantir que l’introduction d’un nouveau spécimen dans un cheptel reproducteur ne va pas amener de maladies ou autres problèmes… A ce titre, l’hygiène et le suivi médical, la responsabilité de l’éleveur pourrait-on dire, sont très importants. 

Ensuite se pose une question éthique. L’éleveur attache-t-il une valeur monétaire à ses spécimens ? Beaucoup de zoos se battent contre la valeur monétaire des animaux afin de contrer le trafic donc un éleveur vendant sa production risque d’être moins bien considéré par certains coordinateurs de programmes. Dans ce cas, il faut réfléchir à des compromis… les espèces en programme ne devraient pas être vendues mais uniquement échangées ou données. 

Des éleveurs se sont réunis en association et ont créé des studbooks internes à l’association pour coordonner leurs efforts d’élevage. C’est un premier pas très important vers un programme de conservation ex-situ et il peut être intéressant de communiquer la dessus et d’en discuter avec les coordinateurs de programmes de reproduction pour la conservation en parc zoologique. Ils pourraient être intéressés si les choses sont claires, légales et bien faites. 

Peux-tu nous parler de ton projet Pierre Wildlife ? Quels sont ses objectifs ?

Histoire du projet Pierre Wildlife

Pierre Wildlife est né en 2005 sous l’appellation “Photozoo”. Il s’agissait d’abord d’une galerie photo présentant les clichés que j’ai pu prendre en parc zoologique en Europe, Asie, Afrique et Amérique du Nord. J’ai toujours voulu apporter ma pierre à l’édifice en partageant les informations que j’ai pu recueillir et en organisant ateliers, conférences et autres évènements éducatifs. La suite logique de ce projet photo était l’utilisation des ressources (photos et données) pour la création de documents éducatifs sur chaque espèce animale photographiée. Ce projet est devenu réalité grâce à un ami, décédé aujourd’hui, qui m’a aidé à créer le premier site internet, en 2016. 

Aujourd’hui, le projet Pierre Wildlife compte plus de 2100 espèces et sous-espèces présentées sous formes de fiches éducatives illustrées. J’ai photographié près de 12000 espèces et sous-espèces à l’heure actuelle et il me reste donc beaucoup de travail, à la fois pour créer les fiches des espèces que je n’ai pas encore pu traiter, et aussi pour continuer à chercher toujours plus d’espèces, des animaux toujours plus menacés, méconnus, oubliés…

Objectifs du projet Pierre Wildlife

Le but de ce projet, et mon principal objectif par la même occasion, est de rendre accessible au maximum l’éducation à la conservation de la nature… au moins les basiques de cette éducation. Le seul moyen de favoriser cette accessibilité est la gratuité et la présence systématique d’informations faciles à assimiler. Voila pourquoi mes documents sont visibles gratuitement sur le site internet www.pierrewildlife.com et voila pourquoi je m’attache à vulgariser les informations que j’ai assimilées avec le temps, à la fois en les rendant compréhensibles mais en les triant pour n’en garder que quelques éléments significatifs. Nous vivons dans un monde où l’attention des gens est captée en permanence par plusieurs sources d’informations plus ou moins utiles. Pour être efficace, il faut que mes fiches puissent être lues et comprises très rapidement. 

L’éducation est une partie indispensable de la conservation car elle permet d’appréhender ce que l’on ne connaît pas, ce dont on a peur, ou ce qui ne nous intéressait pas au départ. Avec Pierre Wildlife, j’essaye d’apporter ma pierre à l’édifice de la conservation en favorisant un accès facile aux bases de l’éducation à la conservation animale. 

Pierre de Chabannes et Joel Sartore
Joel Sartore (gauche) and Pierre Chabannes durant une prise de photos d’araignées au Muséum de Bolzano en Italie.

Comment les internautes peuvent-ils t’aider ?

Beaucoup d’idées me viennent

J’ai quelques idées pour continuer à développer ce projet… La principale est la création d’applications sur téléphone, tablette, ordinateur permettant de rendre accessible immédiatement quelques infos et une photo sur une espèce animale particulière, susceptibles d’attirer un peu d’attention sur l’instant. Une application en format pop-up, préinstallée sur les équipements informatiques vendus, serait une très bonne idée, je pense, et j’aimerais beaucoup pouvoir la réaliser avec Pierre Wildlife mais cela demande des moyens que je n’ai pas actuellement. 

J’aimerais aussi pouvoir faire traduire mes documents en différentes langues (le français est un exemple mais je pense aussi aux langues utilisées dans les pays ayant d’importants challenges à relever pour la sauvegarde d’une biodiversité particulièrement riche, je pense à la Malaisie, aux Philippines, au Brésil, à la Colombie, à l’Indonésie…). 

Enfin, je compte bien continuer à documenter des espèces animales toujours plus rares, plus méconnues, plus difficiles à trouver. Tout cela a un coût car il faut payer non seulement le voyage lui même mais toute la logistique sur place pour trouver les animaux, se faire guider à l’endroit propice et attendre le bon moment.

Une page de financement participatif

Pour ceux qui souhaitent soutenir Pierre Wildlife et m’aider à atteindre ces objectifs qui, à mes yeux, valent le coup de se battre et peuvent avoir un réel impact positif sur le monde et la conservation animale, j’ai créé une page de financement participatif sur la plateforme Patreon. En échange d’une contribution financière mensuelle au projet, je met à disposition du contenu additionnel exclusif, des informations tirées des coulisses de Pierre Wildlife, des rapports de voyage et bien d’autres. Les contributions peuvent démarrer à de bas montants. 

Pour 5 euros par mois, vous pouvez déjà apporter votre contribution et le proverbe disant “Les petits ruisseaux font les grandes rivières” est particulièrement adapté. Si la moitié des personnes qui me suivent sur les réseaux sociaux contribuaient au montant minimum sur la page de financement, alors tous les aspects de Pierre Wildlife dont j’ai parlé ici seraient financés et cela me permettrait même de faire des dons réguliers à des organismes de conservation in-situ que je connais et qui ont besoin d’aide, que ce soit d’aide financière ou d’aide logistique par la création gratuite de matériel éducatif. 

Pierre, nous te remercions pour tes réponses et nous t’adressons tous nos voeux de réussite avec Pierre Wildlife.

Pour en apprendre davantage sur Pierre Wildlife et les actions éducatives de Pierre

Pour en savoir davantage sur le projet Pierre Wildlife visitez le site https://www.pierrewildlife.com

Aidez le projet Pierre Wildlife depuis la page de financement dédiée.

Pierre intervient comme formateur au Lycée professionnel Saint-Joseph situé à Bucquoy pendant la formation de soigneur animalier.

Il intervient aussi durant la formation Préparation soigneur animalier où il anime des wébinaires en direct.