Interview de Pauline, soigneuse animalière et présidente d’ABConservation, association de conservation du binturong

Dans le cadre de la formation Préparation soigneur animalier, nous recevons comme intervenante Pauline, soigneuse animalière. Pleinement investie dans la protection des espèces menacées, Pauline est également fondatrice d’une association d’étude et de conservation d’un animal peu connu, le binturong.

Pauline est soigneuse animalière au Jardin des Plantes de Paris. Elle est également fondatrice d’ABConservation, une association d’étude et de conservation d’une espèce peu connue, le binturong. Ce mammifère arboricole est originaire des forêts du sud-est asiatique. Il y est menacé par les activités humaines. Pauline nous partage son parcours de soigneuse animalière et les actions en France et à l’étranger de l’association qu’elle préside.

Pauline soigneuse animalière et présidente de l'association ABConservation.
Pauline est soigneuse animalière, mais elle également pleinement investie dans l’étude et la conservation d’une espèce rare et peu connue, le binturong.

Depuis quand es-tu soigneuse animalière ?

Je suis soigneuse animalière depuis 2012.

Quel a été ton parcours étude/pro avant d’intégrer la ménagerie du Jardin des Plantes ?

Ahah un peu complexe ! En fait, à la sortie du lycée, je m’oriente vers une filière à l’opposé total de mes rêves d’enfants, un BTS Banque dans lequel je vais m’ennuyer… Je décide de ne pas passer le diplôme de fin d’année et de rentrer dans le monde du travail. J’intègre quand même une agence bancaire et passe un diplôme bancaire équivalent en parallèle. Cinq ans plus tard, je n’ai toujours pas perdu mes rêves d’enfant. Et lorsque je pense à l’avenir je ne me vois pas dans un bureau…

C’est en 2011 que je pose ma démission. Je m’inscris à une formation d’un an pour passer un baccalauréat Sciences et Technologies de l’Agronomie et du Vivant (STAV). Ce bac m’offre alors la possibilité de faire des stages en ferme pédagogique et en parc zoologique. Mon objectif étant clair dans ma tête, celui de travailler au contact de la faune sauvage. Je vise le métier de soigneur animalier.

Mes débuts au Jardin des Plantes

En septembre 2011, j’ai la chance d’être reçue par le chef soigneur de la Ménagerie du Jardin des Plantes. Il me donne ma chance pour un stage de six semaines. Après trois mois de stage en ferme pédagogique en tant qu’animateur soigneur, je découvre le métier en zoo au sein de l’un des parcs animaliers les plus anciens du monde. A la suite de cette expérience, mon stage est renouvelé pour 6 semaines supplémentaires.  

A cette époque, il n’existait que trois écoles offrant une formation de soigneur animalier. Début 2012, je postule à deux écoles dans lesquelles je ne suis malheureusement pas reçue. Mais comme je le dis souvent, la vie est bien faite. Puisque 24h après avoir reçu ma lettre de refus, je suis contactée par la Ménagerie qui me propose de venir travailler chez eux pendant trois mois. Ces trois mois vont finalement se transformer en titularisation et donc en poste permanent de soigneuse animalière.

Pourquoi t’es tu intéressée au binturong et avoir créé une association de conservation ?

C’est lors de mon premier stage que j’ai rencontré le binturong. A vrai dire, c’est le premier animal avec lequel j’étais amenée à travailler. C’est une espèce pour laquelle j’ai eu beaucoup de curiosité dès le début. Et qui m’a, nous pouvons le dire, envoûtée. Lorsque j’ai commencé à m’interroger sur leur mode de vie en milieu naturel, je me suis rapidement rendue compte qu’il y avait un manque cruel d’information à ce sujet. Et qu’il était très compliqué d’accéder à des données scientifiques lorsque l’on n’est pas étudiant ou chercheur.

binturong
Le binturong est un animal peu connu aussi bien dans la nature qu’en parc zoologique

Par le biais du Muséum National d’Histoire Naturelle, j’ai eu la chance de rencontrer le docteur Géraldine Véron qui m’a encouragée à rassembler les données déjà publiées. En me permettant en plus d’avoir accès à des articles scientifiques autrement difficiles à obtenir pour le grand public. Cela m’a permis de mettre en lumière les lacunes qu’il existe vis-à-vis de cette espèce, et de faire une première constatation. Le manque de données issues d’observations en milieu naturel étant considérable, il est compliqué d’évaluer le déclin actuel, et à venir, de sa population. Ainsi, sur la Liste Rouge des espèces menacées, le binturong est classé comme un animal « Vulnérable ». Il n’est ni vraiment en danger, ou critiquement en danger, il est dans un entre-deux, dans lequel il est difficile de se prononcer sur son futur.

Et ce manque de données rend sa situation d’autant plus délicate. Car on ne renforce pas les lois de protection pour cet animal. Même au niveau de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) qui le classe en annexe III. Ce qui autorise les pays à vendre ou acheter des individus, parfois même sans avoir à obtenir d’autorisation particulière…

C’est aussi Géraldine qui m’a prêté les premiers pièges photographiques pour observer le comportement diurne et nocturne des binturongs de la Ménagerie. De ces observations en captivité est né le désir de les voir évoluer dans la nature et de faire en sorte qu’ils ne soient pas victimes de l’Homme. Pendant plusieurs mois, j’ai recherché des organismes s’occupant du binturong, agissant sur le terrain pour apprendre à le connaître, le protéger lui et son milieu naturel. Je n’ai jamais rien trouvé. Alors à émergé l’idée de créer un groupe capable de le faire connaître, d’en apprendre plus sur lui, et de faire en sorte de le protéger. Et puis en juillet 2014, le nom d’Arctictis Binturong Conservation a été enregistré auprès de la préfecture du Val-de-Marne. ABConservation était né.    

Peux-tu nous présenter ABConservation ?

ABConservation est une petite association ayant pour premier objectif de promouvoir l’image du binturong. J’ai toujours pensé que si les gens connaissaient tout simplement cet animal, ils auraient la volonté de le protéger autant que des espèces déjà emblématiques. Espèces pour lesquelles le monde entier donne chaque année des milliers d’euros dans l’espoir qu’ils ne disparaissent pas. Le panda géant par exemple… Et si le binturong devenait le prochain panda ?

Et puis ABConservation, c’est la possibilité pour tous d’avoir accès à toutes les informations déjà recueillies sur le binturong en captivité ou dans son milieu naturel. Par le biais d’un site internet, Facebook, Twitter, Instagram, des échanges par email, des rencontres, …

ABConservation, c’est aussi un réseau de professionnels qui a pour but de collecter des données sur la biologie et l’écologie du binturong. D’en apprendre plus sur lui pour mieux le comprendre et ainsi mieux le protéger.

Et enfin, ABConservation c’est une petite équipe de personnes motivées. Avec peu de ressources financières mais qui se donne les moyens d’agir sur le terrain, en l’étudiant directement en Asie du sud-est. En aidant des centres de sauvegarde locaux. En collaborant avec le gouvernement dans sa lutte contre le braconnage. Et en formant les populations locales à la protection de leur biodiversité.

Ses projets ex-situ et ses projets in-situ ?

Le principal projet in-situ, qui a été pensé dès la naissance d’ABC, c’est la création d’un programme nous permettant d’étudier le binturong dans son milieu naturel. Afin de collecter un maximum de données sur son mode de vie, de former les locaux pour rendre le programme complètement autonome sur place, sensibiliser enfants et adultes à la protection de leur biodiversité et en collaboration bien sûr avec le gouvernement local.

Le Bearcat Study Program (BSP, programme d’étude et de conservation du binturong) sur l’île de Palawan, aux Philippines, a démarré en février 2017.

Le BSP comprend une partie scientifique et une partie éducative, le tout visant un objectif : la conservation.

La partie scientifique a pour but de collecter un maximum de données sur la biologie et l’écologie du binturong. Pour se faire, deux techniques sont utilisées :

La première technique étant l’installation de pièges photographiques fixés à 20 mètres de hauteur dans les arbres. Celle-ci nous permet de faire un premier constat sur la présence ou non de binturongs. Et de faire un inventaire de la faune locale.

La deuxième technique consiste en la pose de colliers émetteurs sur des individus sauvages. Cette méthode permet de collecter des informations sur son écologie et d’observer en direct son comportement naturel, nous apportant des données encore jamais collectées, comme les interactions entre individus, l’élevage des jeunes, les différentes essences d’arbres sur lesquels ils vivent, le type de nourriture sélectionné tout au long de l’année, … En bref, beaucoup d’informations qui sont encore inconnues à ce jour.

La partie scientifique est jumelée avec une partie éducative. Cette dernière vise en premier lieu à partager les connaissances que nous avons déjà collectées sur le binturong, à le faire connaître et donner l’envie de le protéger, mais ce n’est pas tout. En effet, nous sommes en partenariat avec des universités locales avec lesquelles nous organisons des conférences et des activités nature. Nous participons aussi à la campagne zéro déchet. Aux événements de reforestation avec nos partenaires locaux, nous organisons des « Clean Up day ». Et nous avons le projet pour 2020 de former les professeurs pour qu’ils puissent à leur tour sensibiliser les écoliers et étudiants à la protection de la biodiversité.

Depuis peu, nous avons créé un partenariat avec le Palawan Wildlife Rescue and Conservation Centre (PWRCC), qui nous avait permis de tester nos colliers émetteurs sur un de leurs binturongs. Ce partenariat consiste d’abord en un soutien pour la modernisation de leurs installations :

  • rénovation et agrandissement d’enclos plus adaptés aux besoins de leurs pensionnaires (binturongs, macaques, aigle, calaos, …),
  • rénovation de la quarantaine,
  • équipement de la salle vétérinaire.

Ce partenariat implique aussi la création d’un programme de volontariat pour les aider à la construction de ces nouveaux équipements, et faire venir des vétérinaires ou étudiants vétérinaires pour les assister dans les soins et traitements des animaux.

Il est question à l’avenir de relâcher certains des individus du centre dans leur milieu naturel.

Côté projet ex-situ, nous avons créé en 2015 la Journée Internationale du Binturong. Cette journée nous permet de faire connaître le binturong à un maximum de personne dans un maximum de pays en une seule et unique journée. En 2019, sur quatre continents plus de 25 institutions qui y participaient !

En plus de cette journée, ABConservation intervient en France dans les parcs zoologiques. Mais aussi les écoles ou lors d’événements spéciaux (Weekend conservation, Fête de la Nature). Afin de sensibiliser le public à la cause du binturong.

Les recherches que nous menons sur le terrain permettent aussi d’aider le programme d’élevage européen des binturongs créée par l’Association Européenne des Zoos et Aquarium. Nos données permettront d’améliorer les conditions de vie des binturongs, notamment concernant la reproduction et l’élevage des petits, ou même de trouver un régime alimentaire plus adapté.

A côté de ça, depuis 2015, en collaboration avec le docteur Géraldine Véron, nous menons une étude génétique ainsi qu’une étude de l’aire de répartition des binturongs.

Quelles ont été les difficultés que tu as rencontré dans un premier temps ?

La première difficulté a été de réunir des personnes passionnées par le binturong, souhaitant s’investir autant que moi dans sa préservation. La deuxième a été la recherche de fonds pour lancer le BSP.

Puis celles que toi et les membres actifs rencontrez dans le développement d’ABC ?

Je crois que les difficultés du début sont encore les mêmes actuellement. ABConservation s’agrandit toujours notamment aux Philippines, par conséquent nous avons toujours de plus en plus besoin d’aide financière, ainsi que de personnes motivées avec parfois un savoir-faire particulier (vétérinaire, éthologue, pro en BTP, vidéaste, photographe, comptable, gestionnaire de paie, dessinateur, infographiste etc.). On peut tout de même ajouter que le temps est aussi une difficulté, nous n’en avons jamais assez.

Que conseilles-tu aux personnes qui souhaitent créer une association de conservation ?

Beaucoup de patience mais aussi beaucoup de motivation. De vraiment bien se renseigner au préalable sur tout avant de la créer. Une association est un gros investissement que cela soit en terme de temps et d’argent. Quand je veux décrire ABConservation je la compare à un bébé qui a sans cesse besoin que l’on s’occupe de lui pour qu’il puisse vivre.    

 Quels sont les futurs projets d’ABConservation ?

  • Former les professeurs de l’île de Palawan à la protection de la biodiversité.
  • Rénovation du PWRCC.
  • Mise en place de 4 sujets de recherche sur le binturong avec 4 étudiants Philippins.
  • Étude du binturong à l’intérieur de nouveaux sites forestiers à Palawan
  • Réhabilitation de binturongs dans leur milieu naturel
  • Exporter le BSP en collaboration avec des chercheurs et acteurs de la conservation dans d’autres pays d’Asie du Sud-Est.
  • Former des membres d’ABConservation pour faire des interventions pédagogiques dans les écoles et zoos en France

Comment peut-on aider ABConservation dans ses missions en faveur du binturong ?

Nous avons réellement besoin d’aide financière à tout moment de l’année :

  • 5€ permettent de payer l’aller-retour sur le terrain d’Agathe (notre responsable scientifique sur place). Ou d’un étudiant ou un stagiaire ou un volontaire
  • 20€ couvrent les frais alimentaires d’une journée pour toute notre équipe sur le terrain  
  • 50€ permettent d’acheter des fournitures vétérinaire pour le centre de sauvetage de Palawan (Palawan Wildlife Rescue Conservation Centre – PWRCC) pour un mois
  • 80€ permettent de payer un salaire mensuel pour l’un de nos guides
  • 100€ payent un mois de matériel pédagogique
  • 200€ nous permettent d’organiser 2 jours de formation pour 20 professeurs locaux sur la sensibilisation à l’environnement
  • 250€ permettent d’acheter un piège photographique
  • 1000€ permettent d’acheter la nourriture des animaux du centre de sauvetage de Palawan (PWRCC) pour 1 mois
  • 4000€ permettent d’acheter un collier émetteur supplémentaire

Les dons peuvent être faits directement depuis la page faites un don du site d’ABConservation.

Nous  recherchons des personnes pouvant nous aider à trouver des fonds par exemple :

  • en participant à la Course des héros, courir pour les animaux
  • en organisant des ventes aux enchères, des ventes de gâteaux à l’école,
  • et en trouvant des magasins acceptant l’arrondi pour les reverser à ABC, des événements pouvant nous apporter de l’aide financière.

Nous avons aussi besoin de bénévoles pour nous aider dans les interventions pédagogiques en France. Et qui prennent l’initiative d’organiser aussi ce genre d’événement.

Des bénévoles ayant, comme je le disais plus tôt, un savoir faire particulier. Nous seraient d’un grand soutien : vidéaste, photographe, illustrateur, infographiste, gestionnaire de paie, comptable, vétérinaire, soigneur animalier, éthologue, animateur pédagogique,…

Pour en apprendre davantage

Voici ci-dessous quelques aspects de l’activité d’ABConservation présentés en vidéo.

Si vous souhaitez en savoir plus sur les activités d’ABConservation nous vous invitons à consulter le site de l’association http://abconservation.org.

Enfin si le métier de soigneur animalier vous intéresse et que vous souhaitez intégrer une école de soigneur animalier consultez la page de présentation de la formation PSA. La formation Préparation soigneur animalier se déroule à distance par wébinaires. Des professionnels des parcs zoologiques interviennent en direct pour aborder des thèmes fondamentaux pour les futurs soigneurs animaliers.